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Extrait
d'un entretien réalisé par Laure Ricote, visible sur le site :
www.actusf.com
Quelles
sont ou quelles ont été vos influences (littéraires, cinématographiques,
musicales…) ?
La poésie sous toutes ses formes, à savoir, les œuvres,
les êtres, les lieux qui m'exaltent et déclenchent mon enthousiasme. La
poésie synonyme d'émerveillement et de jongleries inventives, mais aussi
d'engagement. Une volonté de discerner et de transmettre sans fard la
réalité, en traquant le mensonge à une époque où beaucoup de choses avancent
masquées ou avec une débauche de poudre aux yeux. Des paysages et des
lumières comme ceux que j'ai trouvés en Irlande et en Grèce, des œuvres
comme celles de W.B Yeats, Christian Bobin, Ridley Scott, Sturgeon, Brassens,
Piaf, Billie Holiday, Prévert, Yannis Ritsos, Tarkovski, Cassavetes, Chaplin,
Van Gogh, Baudelaire, Beuys, Shaun Davey et bien d'autres encore… Des
personnages comme Cassius Clay en sport, des explorateurs comme Shackleton
ou Knud Rasmussen, des étoiles comme Gandhi, le Dalaï Lama ou Nelson Mandela.
Pourquoi
avez-vous choisi d'écrire pour la jeunesse ? Et pourquoi avoir choisi
principalement le genre fantastique ?
Je n'écris par pour les enfants, mais avec mon enfance. Mes histoires
sont un peu le prolongement du journal intime que je tenais adolescent.
Lorsque j'ai montré mes premiers textes, on m'a annoncé qu'ils pourraient
trouver leur place en littérature jeunesse. J'ai sans doute dès le début
eu besoin d'exprimer une part de moi, enfouie pendant mes premières années.
J'aime confronter le monde ordinaire à des mondes non ordinaires (rêves,
légendes, au-delà, vie extra-terrestre…) et observer comment se déploie
le champ des possibles.
Science-fiction,
fantastique, policier… Vous mélangez tous les genres. D'où vous vient
votre inspiration ?
Je déteste les barrières. L'écriture peut naître de correspondances ancrées
dans notre quotidien, dans notre imaginaire, ou envisagées dans le futur.
Elle peut avoir besoin d'une intrigue à suspens pour se développer. Elle
peut être tout cela à la fois…
Certains
de vos romans sont des romans fantastiques s'appuyant sur des légendes
celtiques. D'où vous vient cette fascination pour le peuple celte et ses
légendes ?
La culture celtique porte en elle une poésie que je retrouve difficilement
dans l'esprit latin. Pendant des siècles, elle a résisté aux terribles
persécutions anglaises et en est sortie plus forte, plus sensible. Je
vous invite à fermer les yeux, à écouter les mélodies et les voix celtes…
Avez-vous
des sujets tabous que vous ne voulez pas aborder dans vos livres ? Quelles
sont les difficultés majeures lorsque l'on veut écrire un roman pour un
jeune public ?
J'aborde les thèmes qui me touchent aujourd'hui, sur lesquels j'ai besoin
de travailler, de témoigner et qui stimulent mon imagination. Les difficultés
majeures quand j'écris un roman restent inchangées chaque fois que j'allume
mon ordinateur : vais-je être à la hauteur de mon aventure ? Serai-je
capable d'aimer mes personnages, même les plus noirs ? Aujourd'hui, un
certain nombre de titres publiés en littérature jeunesse intéressent aussi
un lectorat adulte. Leur fraîcheur, leur audace et leur poésie surprennent.
La frontière entre les deux littératures est beaucoup moins évidente qu'autrefois.
Je note d'ailleurs que la collection " Autres Mondes ", chez Mango Jeunesse,
est pour tout lecteur.
Dans
de nombreux romans, vous parlez des animaux et de leurs relations avec
les hommes : Les chimères de la mort, Le chant sacré des baleines, Jimmy
la terreur… Pourquoi ? Quelles sont vos relations avec les animaux ? Est-ce
un thème qui vous porte à coeur ?
Oui. D'une certaine manière, je répète la même chose à chaque histoire
: respecter la nature est se respecter soi-même. Le comportement de l'homme
occidental vis à vis des animaux, de la forêt ou de la Terre en général,
témoigne de son mépris et de son arrogance. Les sciences ont permis à
notre civilisation de faire un bond prodigieux. Et c'est très bien ! Mais
la machine s'est emballée… Nous voulons désormais tout régenter pour notre
profit, en oubliant l'équilibre fragile instauré sur Terre depuis des
millions d'années. Les termes " nuisibles " et " utiles " illustrent bien
cette arrogance. Des espèces sont massacrées, des forêts saccagées pour
des profits à court terme. Nous sommes une goutte d'eau qui veut imposer
ses lois à l'océan !
Vous
devez recevoir des réactions d'enfants quant à vos romans. Comment les
perçoivent-ils ?
Lors de mes rencontres avec les très jeunes lecteurs, je témoigne de ma
nécessité d'exprimer mes émotions à travers l'écriture. Je parle de la
colère, de la joie, du sentiment d'injustice, de la tristesse, des rires.
Je fais écouter aux enfants des mélodies qui m'ont accompagné dans l'écriture
de certains chapitres et je leur demande de reconnaître ces chapitres.
Ils sont très forts ! Expliquer comment ils perçoivent mes romans est
impossible. J'espère qu'ils les font rêver, vibrer et peut-être réfléchir.
Avec les plus âgés, je discute volontiers de la place de l'Homme à une
époque comme la nôtre. Le thème de la " différence " (génétique, culturelle
et autres…) est très présent dans mes livres. C'est pour eux l'occasion
de s'exprimer et de prendre position.
Quels
sont vos projets ?
Continuer de m'exprimer à travers l'écriture. Je peux le faire aujourd'hui
aux côtés de personnes de confiance et de qualité, sensibles à mon travail,
comme Jack Chaboud (Magnard) et Denis Guiot (Mango). M'engager toujours
plus sur les questions sensibles de notre époque.
Question
subsidiaire : Qu'est-ce que vous vouliez devenir lorsque vous étiez enfant
?
Basketteur ou archéologue pour retrouver les traces de civilisations oubliées.
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